Constellation

         de la GIRAFE

Les historiens sont divisés quant à l' « inventeur » de cette constellation moderne.

Certains considèrent que le cartographe et astronome néerlandais Petrus Plancius fut le premier à la cartographier en 1613, et qu'elle aurait été incluse secondairement dans son recueil des constellations par le mathématicien allemand  Jakob Bartsch (le gendre de Johannes Kepler), tandis que d'autres suggèrent que c'est Bartsch lui-même qui a inventé la constellation en 1624.

Camelopardalis tel que décrite par Johannes Hevelius dans son Firmamentum Sobiescianum sive Uranographia (1687).

camelopardalis Hevelius

Quoiqu'il en soit, la Girafe représente une grande région du ciel qui s'étend entre l'étoile polaire et la constellation du Cocher, pauvre en étoiles significatives ce qui peut expliquer que, bien qu'elle soit visible toute l'année depuis l'hémisphère nord, elle n'ait été répertoriée que tardivement.

Le nom de la constellation semble directement lié à sa forme : longue et effilée, comme un cou de girafe mais la vraie nature de la «girafe» reste incertaine. Le nom pourrait être une référence au livre de la Genèse dans la Bible, hypothèse fondée sur le fait que lorsque Jacob Bartsch a inclus Camelopardalis sur sa carte des étoiles de 1624, il y a décrit la constellation comme un chameau sur lequel Rebecca est monté à Canaan. Mais comme Camelopardalis signifie la girafe (et non pas le chameau), cette explication semble peu plausible.

camelopardalis Girafe

Carte du Miroir d'Uranie (1825) : "Camelopardalis, Tarandus, Custos Messium", ces deux dernières constellations étant aujourd'hui abandonnées

La position de la constellation est facile à repérer  puisque c'est une zone où il n'y a rien à  voir. La Girafe est en effet située en bordure de la voie lactée, au nord-est de trois constellations très riches et facilement repérables : Cassiopée, Céphée et le Cocher. Si les constellations périphériques fournissent de bons alignements permettant de repérer les étoiles de la Girafe, ceci aide peu car la forme de la constellation est quelconque, et les étoiles qui la constituent sont à  peine visibles. Vers son "sommet" se trouve alpha Ursae Minoris, l'étoile polaire, qui marque le début de la Petite Ourse.

La sonde spatiale Voyager 1 se déplace dans la direction de cette constellation, bien qu'elle ne s'approchera pas avant pendant plusieurs milliers d'années des étoiles de cette constellation, date à laquelle elle sera éteinte depuis longtemps.

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La Girafe, selon Jacob Bartsch

camelopardalis Girafe

Bode (1801), planche 3: Camelopardalus and Rangifer.

MYTHOLOGIE

Il n'y a pas de véritable mythologie liée à la Girafe, car il s’agit d’une constellation «moderne». En raison de la faiblesse des étoiles qui lui étaient associées, les premiers Grecs considéraient cette zone du ciel comme vide.

Dans l'astronomie chinoise, les étoiles de la Girafe sont incluses dans un groupe d'étoiles circumpolaires appelé l'Enceinte Interdite Violette (紫微垣 Zǐ Wēi Yuán)

Les étoiles de la Girafe

Aucune étoile de la Girafe ne porte de nom propre et seulement trois possèdent une dénomination avec une lettre grecque.

 

BETA Camelopardalis

β Camelopardalis, est l'étoile la plus brillante de la constellation. Elle est suffisamment brillante pour être légèrement visible à l'œil nu, avec une magnitude visuelle apparente de 4,02. Située à environ 870 années-lumière du Soleil, elle se rapproche de nous avec une vitesse radiale de -190 km/s.

Il s'agit d'une géante supergéante / brillante de type G de couleur jaune avec une classification stellaire de G1 Ib – IIa vieille d’environ 60 millions d'années et tournant avec une vitesse de rotation projetée de 11,7 km/s, soit un taux de rotation inhabituellement élevé pour une étoile évoluée de ce type. Une explication possible est qu'elle a peut-être englouti une planète géante proche, comme un Jupiter chaud.

Beta Camelopardalis présente une masse de 6,5 fois masses solaires et un rayon d’environ 58 rayons solaires (cad un rayon largement plus grand que l’orbite terrestre !). L'étoile rayonne 1 592 fois la luminosité du Soleil et sa photosphère a une température effective de 5 300 K. C'est une source d'émission de rayons X.

Alpha Camelopardalis

 

Alpha Camelopardalis, malgré son nom, n'est pas l'étoile la plus brillante de la constellation de la Girafe, ni même la deuxième. Avec une magnitude apparente de seulement 4,26, elle est en fait la troisième étoile de la constellation en magnitude.

Alpha Camelopardalis a une classification stellaire d'O9 Ia, le «Ia» indiquant qu'il s'agit d'une supergéante lumineuse de type O. C'est une étoile massive de 31 fois la masse solaire et 37 fois son rayon. La température effective de l'enveloppe extérieure est de 30 000 K, beaucoup plus chaude que la température effective du Soleil (5 778 K), ce qui lui donne la teinte bleue caractéristique d'une étoile de type O. Elle émet 620 000 fois la luminosité du Soleil et est un faible émetteur de rayons X.

Les variations des profils des raies spectrales d'Alpha Camelopardalis sont causées par des fluctuations de la photosphère et du vent stellaire. Elle perd de la masse en continu par un effet de vent stellaire important, à un taux d'environ 6,3 × 10−6 masses solaires par an, ou l'équivalent de la masse du Soleil tous les 160 000 ans. Elle finira sa vie en supernova.
 

En chinois, 紫微 右 垣 (Zǐ Wēi Yòu Yuán, qui signifie Mur Droit De L'enceinte Interdite Violette) fait référence à un astérisme composé de α Camelopardalis, α Draconis, κ Draconis, λ Draconis, 24 Ursae Majoris, 43 Camelopardalis et BK Camelopardalis.  Le nom chinois d’α Camelopardalis elle-même est 紫微 右 垣 六 (Zǐ Wēi Yòu Yuán liù, la Sixième Etoile Du Mur Droit De L'enceinte Pourpre Interdite), représentant 少 衛 (Shǎowèi) et signifiant le Deuxième Garde Impérial. 少 衛 (Shǎowèi) est occidentalisé en Shaou Wei par R. H. Allen, ce qui peut se traduire par  «le Garde Mineur».

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Roger Sinnott & Rick Fienberg, Sky and Telescopes