Constellation

      de l'ERIDAN

  • NGC 1291 = NGC 1269

Cette constellation de l'hémisphère austral doit son nom au fleuve de la mythologie grecque, dont l’origine était alternativement considérée comme liée au Pô (pour les Romains), au Rhône (pour Eschile), au Rhin (pour Hérodote) ou au Nil (pour Diodore et Théon d'Alexandrie). C’était aussi le nom d'une rivière mineure d’Athènes dans les temps anciens, qui fut redécouverte au cours d'une campagne de fouilles lors de la construction du métro d'Athènes.

C'était l'une des 48 constellations répertoriées par l'astronome Ptolémée dès le IIe siècle et elle reste la sixième plus grande des constellations modernes parmi les 88 constellations actuelles

Constellation de l'Eridan dans le Johannis Hevelii prodromus astronomiae (également connu sous le nom d'Uranographia) par Johannes Hevelius. 1690.

Photographie de la constellation par Akira Fujii (@David malin)

Superposition UAI Jean-Brice Gayet

Mythologie

L’Eridan est lié au mythe de Phaéton, qui voulut prendre les rênes du char céleste de son père Hélios (c'est-à-dire le Soleil), mais qu’il n'avait pas la force de contrôler. La constellation représente le chemin parcouru par Phaéton puis, plus tard, elle fut considérée comme le chemin des âmes.

 

Ecoutons comment Diodore de Sicile, un historien grec du Ier siècle av. J.-C. contemporain de Jules César et d'Auguste, auteur de la Bibliothèque Historique (composée originellement de 40 livres et dont il n’en reste aujourd'hui plus que 15), raconte la légende.

 

« Nous allons maintenant donner quelques détails sur ce qu'on appelle l'électrum (ἠλέκτρου) . En face de la Scythie et au-dessus de la Gaule est une île appelée Basilée (Βασίλεια). C'est dans cette île que les flots de la mer jettent en abondance ce qu'on appelle l'électrum, qui ne se trouve nulle part ailleurs. Beaucoup d'anciens écrivains ont débité sur cette matière des fables tout à fait incroyables et absurdes. Plusieurs poètes et historiens disent que Phaéthon, fils d'Hélios (Φαέθοντα τὸν Ἡλίου), étant encore enfant, pria son père de lui confier pendant un jour la conduite de son quadrige. En ayant obtenu la permission, Phaéthon monta sur ce char; mais les chevaux sentirent qu'ils étaient conduits par un enfant qui ne pouvait pas encore manier les brides, et ils sortirent de la voie ordinaire. Errants d'abord dans le ciel, ils l'embrasèrent, et y laissèrent ce cercle qu'on appelle la voie lactée. Ils mirent ensuite le feu à une grande partie de la terre et brûlèrent une vaste contrée, lorsque Zeus (Διὸς), irrité, foudroya Phaéthon, et remit le soleil dans sa voie accoutumée. Phaéthon tomba à l'embouchure du fleuve Pô (Πάδου ποταμοῦ), appelé autrefois Éridan (Ἠριδανοῦ). Ses sœurs pleurèrent amèrement sa mort ; leur douleur fut si grande qu'elles changèrent de nature et se métamorphosèrent en peupliers. Ces arbres laissent annuellement, à la même époque, couler des larmes. Or, ces larmes solidifiées constituent l'électrum, qui surpasse en éclat les autres produits du même genre ; et il se trouve surtout dans les pays où, à la mort des jeunes gens, on porte le deuil. Mais le temps a démontré que tous ceux qui ont forgé cette fable étaient dans l'erreur, et il ne faut jamais ajouter foi qu'aux histoires véritables. L'électrum se recueille donc dans l'île Basilée, et les habitants le transportent sur le continent situé à l'opposite; de là on l'envoie dans nos contrées, comme nous l'avons dit. »

Eridan Tirion 2.jpg

Eridanus dans le Sky Atlas 2000.0 de Tirion

Hésiode, dans une liste de rivières qu’il dresse dans sa Théogonie (Theogonie XI, 334–345), l'appelle « l’Eridan profondément tourbillonnant », le rejeton de Téthys et d’Océan. Hérodote soupçonne le mot Eridanos d'être de caractère essentiellement grec, probablement forgé par un poète inconnu, et exprime son incrédulité sur les récits narrant l’existence d'un tel fleuve se jetant dans une mer du Nord entourant l'Europe et où les mythiques îles Ambre et Tin étaient supposées se trouver - lui ayant étés transmis par d'autres, eux-mêmes non témoins oculaires.

Selon Apollonios de Rhodes (Argonautiques IV) et Ovide (Métamorphoses II, 367–380), l'ambre provenait des larmes des Héliades, enfermées dans des peupliers comme des dryades, versées quand leur frère Phaéton mourut en tombant du ciel, frappé par la foudre de Zeus, et tomba dans l'Eridan.

 

ἐς δ' ἔβαλον μύχατον ῥόον Ἠριδανοῖο ἔνθα ποτ' αἰθαλόεντι τυπεὶς πρὸς στέρνα κεραυνῷ ἡμιδαὴς Φαέθων πέσεν ἅρματος Ἠελίοιο λίμνης ἐς προχοὰς πολυβενθέος· ἡ δ' ἔτι νῦν περ τραύματος αἰθομένοιο βαρὺν ἀνακηκίει ἀτμόν. Οὐδέ τις ὕδωρ κεῖνο διὰ πτερὰ κοῦφα τανύσσας οἰωνὸς δύναται βαλέειν ὕπερ· ἀλλὰ μεσηγὺς φλογμῷ ἐπιθρώσκει πεποτημένος.

« c'est là qu'autrefois, frappé au cœur par la foudre ardente, Phaéthon tomba à demi consumé du char d'Hélios dans l'estuaire, vaste comme un étang, du fleuve profond; et, maintenant encore, le fleuve exhale une lourde fumée qui provient de la blessure enflammée.

Au-dessus de ces eaux, aucun oiseau ne peut étendre ses ailes légères et planer : mais son vol le précipite au milieu de l'abîme incandescent. »

                                                                          Argonautiques, Appolonios de Rhodes. Chant IV, v 592-626

 

 

« le long des rives vertes de la rivière Eridan », Cygnus le pleura - dit Ovide - et fut transformé en cygne. C’est en ces lieux, à l'extrême ouest, qu’Hercule demanda aux nymphes des rivières de l'Eridan de l'aider à localiser le jardin des Hespérides.

Strabon a laissé le commentaire lapidaire suivant sur l'Eridan,  sans tenir compte des mythes :

 

([…] τὰ δὲ πολλὰ τῶν μυθευομένων ἢ κατεψευσμένων ἄλλως ἐᾶν δεῖ͵ οἷον τὰ περὶ Φαέθοντα καὶ τὰς Ἡλιάδας τὰς ἀπαιγειρουμένας περὶ τὸν Ἠριδανόν͵ τὸν μηδαμοῦ γῆς ὄντα͵ πλησίον δὲ τοῦ Πάδου λεγόμενον͵ καὶ τὰς Ἠλεκτρίδας νήσους τὰς πρὸ τοῦ Πάδου καὶ μελεαγρίδας ἐν αὐταῖς· οὐδὲ γὰρ τούτων οὐδέν ἐστιν ἐν τοῖς τόποις.)

 

[…] nous écarterons, comme il convient, la partie purement mythique et ce qui n'est que fiction ; nous ne dirons rien, par exemple, de Phaéton ni des Héliades changées en aunes sur les bords du fleuve Eridan, de ce fleuve soi-disant voisin du Palus et qu'on ne retrouve en aucune contrée de la terre. »

Strabon, Géographie V, 1, 9.

Constellation de l'Eridan, d'Orion et du Lièvre (Eridanus, Orion et Lepus). Carte des étoiles de 1776.  Atlas Céleste de Flamsteed de Fortin

Les ruines d'Eridu, collection du British Museum

Selon Gavin White, la constellation grecque tire son nom de la constellation babylonienne connue sous le nom d' « Etoile d'Eridu » (MUL.NUN.KI). Eridu était une ville ancienne à l'extrême sud de la Babylonie ; située dans des régions marécageuses, elle était considérée comme consacrée par le dieu Enki-Ea qui régnait sur le domaine cosmique des Abysses - une conception mythique du réservoir d'eau douce sous la surface de la Terre.

 

Eridu (sumérien:  𒉣𒆠, NUN.KI/eridugki) est aujourd’hui un site archéologique du sud de la Mésopotamie (gouvernorat moderne de Dhi Qar en Iraq). Eridu a longtemps été considérée comme la première ville du sud de la Mésopotamie.  Située à 12 km au sud-ouest d'Ur, Eridu était la plus méridionale d'un conglomérat de villes sumériennes qui poussaient autour des temples, presque en vue les unes des autres. Ces bâtiments étaient faits de briques de terre crue et construits les uns sur les autres.  Dans la mythologie sumérienne, Eridu était à l'origine la maison d'Enki, plus tard connue par les Akkadiens sous le nom d'Ea, qui était considérée comme ayant fondé la ville. Son temple s'appelait E-Abzu, car on pensait qu'Enki vivait à Abzu, un aquifère dont toute vie était censée provenir.

 

Enki (sumérien: 𒀭𒂗𒆠) est le dieu sumérien de l'eau, de la connaissance (gestú), de la malice, de l'artisanat (gašam) et de la création (nudimmud). Il fut plus tard connu sous le nom d'Ea dans la mythologie akkadienne et babylonienne. Il était à l'origine le dieu protecteur de la ville d'Eridu, puis l'influence de son culte s'est répandue dans toute la Mésopotamie et aux Cananéens, aux Hittites et aux Hurriens. Il était associé à la bande sud des constellations appelées étoiles d'Ea, mais aussi à la constellation AŠ-IKU, le Champ (Carré de Pégase).  À partir du deuxième millénaire avant notre ère, il était parfois désigné par écrit par l'idéogramme numérique « 40 », parfois appelé son «nombre sacré». La planète Mercure était, à l'époque sumérienne, identifiée à Enki.

Les constellations du Fourneau, du Lièvre, de l'Eridan et du Sceptre de Brandebourg. A Celestial Atlas comprenant une série de trente cartes illustrées par une description scientifique de leur contenu et accompagnées de catalogues d'étoiles et d'exercices astronomiques. Alexander Jamieson. 1822

Peu claire, l’origine de l'Eridan était alternativement considérée comme liée au Pô (pour les Romains), au Rhône (pour Eschile), au Rhin (pour Hérodote) ou au Nil (pour Diodore et Théon d'Alexandrie). On peut le comprendre lorsque l’on fait les comparaisons présentées sur la figure ci-dessous.

 

Les étoiles qui correspondent à l'Eridan sont également représentées comme une rivière dans l'astronomie indienne commençant près de la tête d'Orion juste en dessous d'Auriga. Eridanus est appelé Srotaswini en sanskrit, srótas signifiant le cours d'une rivière ou d'un ruisseau. Plus précisément, il est représenté comme le Gange sur la tête de Dakshinamoorthy ou Nataraja, une incarnation hindoue de Shiva. Dakshinamoorthy lui-même est représenté par la constellation d'Orion.

Les étoiles qui correspondent à l’Eridan ne sont pas toutes visibles depuis la Chine ainsi dans l'astronomie chinoise, seule sa partie nord est située dans le Tigre blanc de l'Ouest (西方 白虎, Xī Fāng Bái Hǔ). La partie sud, invisible, a été classée parmi les astérismes du sud (近 南極星 區, Jìnnánjíxīngōu) par Xu Guangqi, sur la base de la connaissance des cartes des étoiles occidentales.

Le Vide de l’Eridan

L'Eridan est un grand supervide (une zone de l'univers dépourvue de galaxies) découvert en 2007. Avec un diamètre d'environ un milliard d'années-lumière, c'est le deuxième plus grand vide connu, surpassé uniquement par le Vide Géant des Chiens de Chasse (Canes Venatici). Il a été découvert en découvrant le "Point froid" du fond diffus cosmolgique (cold spot en anglais), nom donné à une région de la sphère céleste dans la direction de laquelle la température du fond diffus cosmologique présente une variation étonnamment grande par rapport aux fluctuations observées dans les autres directions. Cette région avait été identifiée en 2004 dans les données publiées par le satellite WMAP et en 2007, il avait été montré que cette température résultait de la présence d'une large zone relativement peu dense en matière ; de fait, l'expansion y est légèrement plus rapide et les photons du fond diffus cosmologique la traversant y subissent un décalage vers le rouge plus important que la moyenne et donnent donc l'impression que l'univers est plus froid dans cette région. Il s’agit de l'effet Sachs-Wolfe intégré.

Pour mémoire, le fond diffus cosmologique est le rayonnement le plus ancien de l'univers : il a été émis 380 000 ans après le Big Bang à un moment où l’univers était extrêmement homogène, et donc aussi sa température, ce que confirme ce rayonnement : la température du fond diffus cosmologique est quasiment la même dans toutes les directions. L'univers actuel n'est bien sûr plus aussi homogène : la matière est principalement regroupée au sein des galaxies, elles-mêmes formant des structures plus grandes (amas de galaxies) entre lesquelles on trouve des zones relativement vides de matière. Or l'univers primitif, tel que vu par l'intermédiaire du fond diffus cosmologique, portait déjà les germes de ces grandes structures à venir : il existait déjà des zones légèrement plus denses (et plus chaudes) et d'autres légèrement moins denses (et plus froides), ce qui se traduit par de faibles variations de la température du fond diffus cosmologique en fonction de la direction d'observation. Le modèle standard de la cosmologie ΛCDM permet de prédire (de façon statistique) la répartition en taille et en amplitude de ces surdensités et de ces sousdensités. Il est ainsi possible de prédire quelle est la probabilité d'observer une zone plus froide que la moyenne d'une taille donnée. Le point froid ainsi détecté apparaît comme une région anormalement froide et étendue de la voûte céleste.

L’effet Sachs-Wolfe intégré (ou ISW, pour integrated Sachs-Wolfe [effect]) est le nom donné au phénomène qui voit des photons échanger de l'énergie avec un puits de potentiel gravitationnel qui se creuse lorsque ceux-ci le traversent. Ce nom est inspiré de celui de l'effet Sachs-Wolfe, qui donne la valeur des fluctuations de température observées depuis une zone en tenant compte des effets de décalage vers le rouge dus à celle-ci (une zone plus chaude est souvent plus dense, et les photons perdent de l'énergie en s'échappant de celle-ci, ce qui dans certains cas contrebalance leur excès d'énergie). Cet effet se produit notamment dans les anisotropies du fond diffus cosmologique, dont une partie ne résulte pas de fluctuations de température présentes sur la surface de dernière diffusion, c'est-à-dire dans la zone d'où ont été émis les photons observés, mais des échanges d'énergie mentionnés ci-dessus. Selon la valeur de certains paramètres cosmologiques, l'effet ISW est plus ou moins important. En particulier, il est important dans l'hypothèse où la courbure spatiale de l'espace-temps est non nulle et dans celle où la proportion d'énergie noire est importante. Il se manifeste essentiellement aux grandes échelles du fond diffus cosmologique.

" Constellations australes, la Baleine, L'Eridan, l'Atelier du Sculpteur, la Machine électrique et le Fourneau Chimique" vus par l'astronome allemand Johann Elert Bode (1747-1826) mais reproduites dans " Les étoiles et les curiosités du Ciel " de Camille Flammarion - 1882.

Les étoiles de l'Eridan

Achernar

Achernar est le composant primaire (ou «A») du système binaire désigné α Eridani, l'étoile la plus brillante de la constellation de l’Eridan, et la neuvième la plus brillante du ciel nocturne. Les deux composants sont situés à environ 139 années-lumière (43 pc).

 

Le système porte le nom traditionnel d'Achernar (parfois orthographié Achenar), une translittération de l'arabe آخر النهر ākhir an-nahr, qui signifie « Le bout du fleuve ». Cependant, il semble que ce nom se référait à l'origine à Theta Eridani à la place, qui était récemment connu sous le nom traditionnel similaire Acamar, avec la même étymologie. En chinois, suite à l'adaptation des constellations européennes de l'hémisphère sud dans le système chinois, l’Eridan 水 委 (Shuǐ Wěi), qui signifie eau courante tordue, fait référence à un astérisme composé d'Achernar, ζ Phoenicis et η Phoenicis. Par conséquent, Achernar lui-même est connu sous le nom de 水 委 一 (Shuǐ Wěi yī, La Première Etoile de l’Eau Courante Tordue). Le peuple indigène Boorong du nord-ouest de Victoria l'a nommée Yerrerdetkurrk.

 

Des dix étoiles apparentes les plus brillantes du ciel nocturne, α Eridani a la couleur la plus chaude et la plus bleue, Achernar est une étoile bleue brillante qui fait environ sept fois la masse du Soleil. C'est une étoile de séquence principale de classification stellaire B6 Vep, mais qui est environ 3 150 fois plus lumineuse que le Soleil. Achernar tourne si rapidement qu'elle prend une forme sphéroïdale aplatie avec un diamètre équatorial 56% supérieur à son diamètre polaire, la faisant devenir oblate :  c’est l'étoile la moins sphérique de la Voie lactée connue à ce jour. Son polaire est incliné d'environ 65 ° par rapport à la ligne de visée depuis la Terre. En raison de la forme déformée de cette étoile, il y a une variation de température importante selon la latitude. Au pôle, la température peut être supérieure à 20000 K, tandis que l'équateur est égal ou inférieur à 10000 K. La température moyenne de l'étoile est d'environ 15000 K. Les températures polaires élevées génèrent un vent polaire rapide qui éjecte de la matière de l'étoile , créant une enveloppe polaire de gaz chauds et de plasma. L'étoile entière est entourée d'une enveloppe étendue qui peut être détectée par son émission infrarouge excessive ou par sa polarisation.  La présence d'un disque circumstellaire de gaz ionisé est une caractéristique commune des étoiles Be. Le disque n'est pas stable et se décréte périodiquement dans l'étoile. La polarisation maximale du disque d'Achernar a été observée en septembre 2014 et elle est en train de diminuer.

 

Le secondaire est plus petit, de type spectral A0V – A3V A, et orbite autour d'Achernar à une distance d'environ 12 unités astronomiques (UA). Il présente une masse stellaire d'environ le double de celle du Soleil. La séparation des deux étoiles est d'environ 12,3 UA et leur période orbitale est d'au moins 14 à 15 ans.

 

En raison de la précession, Achernar se trouvait beaucoup plus au sud dans l'Antiquité qu'à l'heure actuelle, à 7,5 degrés du pôle sud vers 3400 av. J.-C. et toujours à la déclinaison −76º vers 1500 av. JC Par conséquent, les anciens Egyptiens ne pouvaient pas la voir. Même en 100 après JC, sa déclinaison était d'environ -67 °, ce qui signifie que Ptolémée ne pouvait pas pu la voir d'Alexandrie - alors que Theta Eridani était visible aussi loin au nord que la Crète. Le « bout du fleuve » de Ptolémée était donc certainement Theta Eridani. Le premier catalogue d'étoiles à introduire Achernar dans la carte de l'Eridan est l'Uranometria de Johann Bayer. Bayer ne l'a pas observée lui-même, et elle est attribuée à Pieter Dirkszoon Keyser et aux premiers voyages des Hollandais aux Indes orientales (« Eerste Schipvaart »). C'était donc la seule étoile de première magnitude non répertoriée dans l'Almageste de Ptolémée. Alpha Eridani continuera à se déplacer vers le nord dans les prochains millénaires, visible de la Crète dans environ 500 ans avant d'atteindre sa déclinaison nord maximale entre le 8e et le 11e millénaire, où elle sera visible aussi loin au nord que du sud de l'Angleterre.

Cursa

 

β  Eridani est la deuxième étoile la plus brillante de la constellation, située à l'extrémité nord-est de la constellation à proximité d’Orion . Sa magnitude visuelle apparente est de 2,796 et sa distance est estimée à environ 89 années-lumière (27 parsecs).Cursa est une translittération de l’arrave Al Kursiyy al Jauzah, «  la chaise » (ou « le tabouret ») au centre ». Originellement, il s’agit du nom d’une association d'étoiles composée de β Eridani et λ Eridani, ψ Eridani et τ Orionis.

 

En chinois, elle est « La Troisième Etoile du Puits de Jade » (玉井 三 Yù Jǐng sān), 玉井 (Yù Jǐng) étant  « Le Puits de Jade », un astérisme composé de β Eridani, λ Eridani, ψ Eridani et τ Orionis. Dans les textes plus anciens, Yu Jing était également orthographié Yuh Tsing.*

 

De type spectral de A3 III, la classe de luminosité III indique qu'il s'agit d'une étoile géante qui a consommé l'hydrogène en son cœur et est sortie de la séquence principale. La température effective de son enveloppe externe est de 8 104 K, ce qui lui donne la teinte blanche typique des étoiles de type A. Sa vitesse de rotation projetée est de 196 km/s, comparée aux 2 km/s le long de l'équateur pour le Soleil. Elle varie en magnitude visuelle apparente entre 2,72 et 2,80 avec une poussée particulièrement forte signalée en 1985.

 

L'emplacement et la trajectoire de cette étoile suggèrent qu'elle est membre du groupe du Mouvement d’étoiles de la Grande Ourse, une association d'étoiles qui partagent une origine et un mouvement communs. Cependant, ses propriétés photométriques indiqueraient qu'il s’agirait plutôt d’un intrus. Elle présente un compagnon optique d'une magnitude apparente de 10,90 à une séparation angulaire de 120 secondes d'arc et à un angle de position de 148 °.

Eridan Bode 2.jpg

La Baleine et l'Eridan, vus par l'astronome allemand Johann Elert Bode (1747-1826) en 1801. Sur 20 grandes gravures sur cuivre Bode a inclus plus de 17 000 étoiles, bien plus que n'importe quel atlas précédent. Il y a représenté plus de 100 constellations, contre 88 officiellement reconnues aujourd'hui. Certains qui sont apparus dans cet atlas pour la première fois, mais qui ne sont pas officiellement reconnus aujourd'hui, comprennent le chat, la presse à imprimer, le ballon Montgolfier et le générateur électrique (constellations alors récemment inventées par Hevelius et Lacaille). Bode avait également inclus 2 500 « nébuleuses », cataloguées par William Herschel.

Zaurak

γ Eridani est une étoile variable visible à l'œil nu avec une magnitude visuelle apparente qui varie autour de 2,9, située à une distance d'environ 203 années-lumière du Soleil. Il s'agit d'une étoile géante rouge évoluée qui se trouve actuellement sur la branche géante asymptotique du diagramme Hertzsprung – Russell. Son nom traditionnel Zaurak, est parfois orthographié Zaurac, qui signifie «bateau» en arabe.

En chinois, elle est appelée « La Première [Etoile] des Prairies Célestes » 天 苑 一 (Tiān Yuàn yī), en référence à l’ astérisme 天 苑 (Tiān Yuàn), qui signifie « les Prairies célestes » composé de γ Eridani, δ Eridani, π Eridani, ε Eridani, ζ Eridani, η Eridani, π Ceti, τ1 Eridani, τ2 Eridani, τ3 Eridani, τ4 Eridani, τ5 Eridani, τ6 Eridani, τ7 Eridani, τ8 Eridani et τ9 Eridani.

 

Rana

 

δ Eridani parfois appelée Rana « la grenouille » en latin, mais dont l’origine du nom est incertaine. Elle est visible à l'œil nu. Relativement proche du Soleil, avec une distance d'environ 29,5 années-lumière, elle se rapproche de nous avec une vitesse radiale de -6 km/s.

 

De classification stellaire K0 IV, il s’agit d’une étoile sous-géante âgée d’environ six milliards d'années qui a épuisé son noyau d'hydrogène. Cela conduit l'étoile à se dilater et à se refroidir. Elle est proche de la fin de la phase de sous-géante et est sur le point de devenir une géante. Elle fait 133% masse solaire, 2,3 fois la circonférence du Soleil et rayonne trois fois sa luminosité depuis sa photosphère, à une température effective de 4 986 K.

 

δ Eridani a été catalogué comme une variable présumée de type RS Canum Venaticorum en 1983, mais le niveau d'activité de l'étoile est si bas que cela est considéré aujourd’hui comme incertain. Cette classe de variables apparait dans des systèmes binaires proches. Une faible vitesse de rotation projetée de moins de 1 km / s et l'absence de variation de vitesse radiale suggèrent que cette variable putative est vue d'un pôle. Mais l’examen de l'étoile par interférométrie n’a pas détecté de compagnon à la distance attendue.

En chinois, elle s’appelle 天 苑 三 (Tiān Yuàn sān), «  la Troisième Etoile des Prairies Célestes », en référence à l’astérisme 天 苑 (Tiān Yuàn) des « Prairies célestes », composé de δ Eridani, γ Eridani, π Eridani, ε Eridani, ζ Eridani, η Eridani, π Ceti, τ1 Eridani, τ2 Eridani, τ3 Eridani, τ4 Eridani, τ5 Eridani, τ6 Eridani, τ7 Eridani, τ8 Eridani et τ9 Eridani.

 

Ran

 

ε Eridani située à une distance de 10,5 années-lumière (3,2 parsecs) a une magnitude apparente de 3,73. C'est la troisième étoile individuelle ou système stellaire le plus proche visible à l'œil nu.

On estime que l'étoile a moins d'un milliard d'années. En raison de sa relative jeunesse, ε Eridani a un niveau d'activité magnétique plus élevé que le Soleil, avec un vent stellaire 30 fois plus fort. Sa période de rotation est de 11,2 jours à l'équateur. ε Eridani est plus petite et moins massive que le Soleil, et a un niveau comparativement inférieur d'éléments plus lourds que l'hélium. C'est une étoile de la séquence principale de classe spectrale K2, ce qui signifie que son énergie est générée en son cœur par la fusion nucléaire d'hydrogène et émise par la surface à une température d'environ 5000 K, ce qui lui donne une teinte orange.

Elle semble faire partie du Groupe du Mouvement d'Etoiles de la Grande Ourse, qui partagent un mouvement commun à travers la Voie lactée, impliquant que ses étoiles partageaient une origine commune dans un amas ouvert. Son voisin le plus proche, le système d'étoiles binaires Luyten 726-8, présentera une rencontre rapprochée avec ε Eridani dans 31 500 ans, où ils ne seront séparés que de 0,93 année-lumière (0,29 pc).

La vitesse radiale d' ε Eridani présente des changements périodiques, qui ont révélé la présence d'une planète géante en orbite autour de l'étoile, ce qui en fait l'un des systèmes d'étoiles les plus proches avec une exoplanète candidate.

 

Le système ε Eridani comprend également deux ceintures d'astéroïdes rocheux à environ 3 UA et 20 UA de l'étoile. La structure orbitale pourrait être maintenue par une hypothétique deuxième planète qui, si elle était confirmée, serait Epsilon Eridani c. ε Eridani héberge un vaste disque de débris externe de planétésimaux restants issus de la formation du système.

 

En tant qu'une des étoiles semblables au Soleil les plus proches avec une planète, ε Eridani a été la cible de plusieurs observations dans la recherche d'intelligence extraterrestre. ε Eridani apparaît dans les histoires de science-fiction où elle est parfois suggérée comme destination de voyages interstellaires.

 

Zibal

 

ζ Eridani est une binaire de magnitude visuelle apparente de 4,80 visible à l'œil nu par une nuit claire et sombre située à environ 110 années-lumière du Soleil. ζ Eridani est le composant principal ou «A» d'un système d'étoiles multiples désigné WDS J03158-0849 (le composant secondaire ou « B » est 14 Eridani).  Les deux composants de ζ Eridani sont donc désignés WDS J03158-0849 Aa et Ab où Aa est officiellement nommée Zibal, qui est lecture ancienne erronée de l'arabe رئل riʼal « les Poussins de l’Autruche » (avec la lettre porteuse pour l'arrêt glottal pris pour un 'b', et ر 'r' pris pour ز 'z'), appliqué à l'origine à un certain nombre d'étoiles proches de Beid et de Keid.

 

ζ Eridani est un système binaire spectroscopique à simple raie avec une période orbitale de 17,9 jours et une excentricité de 0,14. Le composant primaire est une étoile Am intermédiaire de classification stellaire kA4hA9mA9V.  Cette notation indique qu'il s'agit d'une étoile de la séquence principale avec une forte raie d'absorption Ca-II K (k) d'une étoile A4, et des raies d'hydrogène (h) et des raies métalliques (m) d'une étoile A9. Il fait environ 185% la masse et 10,3 fois le rayon du Soleil. C'est une étoile relativement jeune, avec un âge estimé à 800 millions d'années, qui semble avoir un taux de rotation modérément élevé avec une vitesse de rotation projetée de 82 km/s.

 

Le système affiche un excès de rayonnement infrarouge statistiquement significatif à une longueur d'onde de 70 μm ce qui suggère la présence d'un disque de débris en orbite. La température de la poussière est de 70 K, indiquant une distance orbitale de 31 AU, avec une masse estimée à environ 0,26% de celle de la Terre.

 

Azha

 

η Eridani est une géante située à environ 137 années-lumière qui porte  le nom traditionnel Azha, du vieil astérisme arabe نَعَام أُدْحِيّ udḥiyy al-naʽām « le Nid d'Autruche » (ou «  le lieu d'éclosion »), qui comprenait η Eridani et dont me premier mot, ادحى udḥiyy, était mal recopié en ازحى (lisible comme azḥā) dans les manuscrits médiévaux.

 

En chinois, Azha s’appelle 天 苑 六 (Tiān Yuàn liù), «  la Sixième Etoile des Prairies Célestes », en référence à l’astérisme 天 苑 (Tiān Yuàn) des « Prairies célestes », composé de δ Eridani, γ Eridani, π Eridani, ε Eridani, ζ Eridani, η Eridani, π Ceti, τ1 Eridani, τ2 Eridani, τ3 Eridani, τ4 Eridani, τ5 Eridani, τ6 Eridani, τ7 Eridani, τ8 Eridani et τ9 Eridani.

η Eridani est de classe spectrale K3. Etendue à dix fois la taille du soleil et près de soixante fois sa luminosité,  c'est un géante rouge massive, légèrement plus massive que le soleil qui fusionne actuellement de l'hélium dans son noyau. Il s'agit d'une étoile à baryum intermédiaire, parfois appelées « semi-étoile à baruym ». Bien que la plupart des étoiles à baruym soient dans des systèmes binaires, η Eridani n'a pas de compagnon connu.   

 

η Eridani est une étoile à mouvement propre élevé relativement proche qui se déplace à une vitesse élevée par rapport à la plupart des étoiles. Elle est possiblement variable (d'une magnitude de 3,81 à 3,90).

Cetus et plusieurs autres constellations, planche 28 du Miroir d'Uranie, un ensemble de cartes célestes accompagnées d'un traité familier d'astronomie par Jehoshaphat Aspin. Londres. Carte astronomique, tirage sur carton. 1825. Eau-forte, coloriée à la main.

Essaims météoritIQUes de l'Eridan

ETA ERIDANidES

Pluie de météorides de découverte relativement récente (2001), les Eta Eridanides se produisent annuellement entre le 3 et le 14 août, le pic se produisant le 9 août. Son radiant est à proximité d'Azha. Le taux horaire Zenithal est très bas, de 6. Le ZHR peut augmenter radicalement si la comète ou l'objet associé est proche. La vitesse / vitesse des météorides est de 65 km/s.

Nu Eridanides

Il s’agit d’une pluie de météorides découverte récemment, rayonnant de manière annuelle entre vers le mois de septembre (pic d'activité vers mi septembre ?). Le corps parent est un objet du nuage d'Oort non identifié. La vitesse des météorides est de l'ordre de 65 km/s.

Omicron Eridanides

Elle culmine entre le 1er et le 10 novembre. La vitesse des météorides est de l'ordre de 25 km/s.

 

Le fleuve Eridan sur le Globe Céleste de Mercator de 1551 (Collection d'Harvard)

Eridan constellation Ciel de nuit

Roger Sinnott & Rick Fienberg, Sky and Telescopes

Jean-Brice Gayet

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