Constellation

         de la GRANDE OURSE

Ursa Major, la Grande Ourse, vue par Alexandre Jamieson, Atlas Céleste  -1822

Constellation quasiment "universelle", la Grande Ourse et son proto-mythe de la Chasse Sauvage Céleste seraient vieux de 15 000 ans. Les indiens d'Amérique du nord considérant aussi ce groupe d'étoiles comme une ourse poursuivie par trois chasseurs (c'est-à-dire que ce groupe d'étoiles est associé à l'ours des deux côtés de l'Atlantique) est un argument fort  pour penser que cette représentation est antérieure aux migrations humaines est-ouest qui eurent lieu à travers le détroit de Béring durant la dernière période glacière.

Contrairement à la plupart des autres constellations, certaines étoiles de la Grande Ourse sont réellement reliées gravitationnellement entre elles par le Courant d'étoiles de la Grande Ourse.

 

Enfin, nous allons voir qu'elle est bien plus grande qu’un simple chariot.

Le Chariot (ou la Casserole) est l'un des astérismes les plus facilement reconnaissables du ciel nocturne ; il s'agit de l'un des premiers motifs d'étoiles (astérismes) que nous apprenons à identifier dans le ciel d'été de l’hémisphère Nord. Mais la constellation Ursa Major - la constellation de la Grande Ourse stricto sensu - couvre une zone du ciel beaucoup plus grande que son astérisme ; c'est juste que les étoiles marquant la tête, le torse, les jambes et les pieds de l'ours ne sont pas aussi brillantes ni aussi faciles à voir que les sept étoiles marquant sa queue et son arrière-train. Il s’agit en fait de la troisième constellation en superficie parmi les 88 constellations répertoriées et elle faisait déjà partie des 48 constellations répertoriées par l'astronome Ptolémée dans l’Almageste, au IIe siècle après J.-C., qui l'appelait Arktos Megale. Certains chercheurs considèrent qu'elle est mentionnée dans le livre biblique de Job, daté entre le 7ème et le 4ème s. av. JC, mais cette hypothèse est incertaine.

Connue sous le nom de "Big Dipper" aux États-Unis et au Canada, elle est appelée la Charrue (the Plough) ou (historiquement) la Calèche de Charles au Royaume-Uni. Elle porte de nombreux autres noms : le grand chariot, le Saptarishi ou la casserole pour ne citer que les plus connus. 

Constellation Ursa Major du Johannis Hevelii prodromus astronomiae (également connu sous le nom d'Uranographia) par Johannes Hevelius. 1690.

MYTHOLOGIE

Il est remarquable qu’un grand nombre de contes et de légendes à travers le monde associent la constellation à un ours, généralement femelle. Cette origine semble provenir d'une tradition orale commune de mythes de la chasse cosmique, remontant à plus de 13 000 ans. Julien d'Huy a ainsi reconstitué dans Un ours dans les étoiles: recherche phylogénétique sur un mythe préhistorique (Préhistoire du sud-ouest, 20 (1), 2012: 91–106)  une version paléolithique de l'histoire (ie. le proto-mythe) à l'aide d'outils statistiques et phylogénétiques dans cette forme extrêmement synthétique : « Un unique cervidé est pourchassé par un seul chasseur. L’animal est vivant quand il devient la constellation de la Grande Ourse. » 

Ce mythe de la Chasse cosmique serait illustré par certaines des œuvres de l’art rupestre en Carélie, en Sibérie et dans le Nord de la Mongolie, ainsi que par les auteurs de la fameuse scène du Puits de Lascaux. Quoiqu’il en soit, la Grande Ourse est identifiée comme une constellation indo-européenne, dont le nom est le même en grec et en Sanskrit. 

Plus tard, elle sera mentionnée par des poètes tels que Homère, Spenser, Shakespeare, Tennyson mais aussi par Federico Garcia Lorca, dans une "Chanson pour la lune". Elle apparaît aussi dans le Suomen kansan vanhat runot («les anciens poèmes du peuple finlandais») (ou SKVR, un ouvrage en 34 parties dans lequel est publiée la majorité des sources originales de poésie de type Kalevala, soit environ 100 000 poèmes différents !). 

Elle est à ce point omniprésente dans notre Ciel quotidien, qu’elle figure dans la peinture de la nuit étoilée sur le Rhône à Arles de Vincent van Gogh, et que, dans l'histoire américaine plus récente, le Big Dipper (littéralement la "Grande Cuiller")  joua de façon involontaire un rôle clef dans le Chemin de Fer Clandestin (l’Underground Railroad; un réseau de routes clandestines utilisées par les esclaves noirs américains pour se réfugier au-delà de la ligne Mason-Dixon et jusqu’au Canada avec l'aide des abolitionnistes qui adhéraient à leur cause), car sa position dans le ciel aidait les esclaves à trouver leur chemin vers le nord ; Il y avait ainsi des chansons qui se chantaient dans le sud parmi les esclaves qui expliquaient qu’il fallait suivre la « gourde à boire » pour avoir une vie meilleure.

Nuit étoilée, peinte à Arles en 1888. Vincent Van Gogh

Ceci étant, Ursa Major est associée à de nombreuses formes dans le ciel selon les cultures, allant du chameau au requin, de la mouffette à la faucille, ou du boisseau au canoë. 

 

Les Grecs de l'Antiquité associaient la constellation au mythe de Callisto, une nymphe de la suite d'Artémis. Artémis commandait à ses compagnes une stricte chasteté. Mais Zeus, dieu souverain et père d'Artémis, s'éprit de Callisto et prit les traits d'Artémis pour l'approcher sans éveiller sa méfiance, avant de s'unir à elle par surprise. Tombée enceinte à l'issue de ce viol, elle chercha à dissimuler son état à Artémis, mais fut trahie lors d’un bain dans une rivière. Artémis entra dans une vive colère et la chassa. Lorsque Callisto eut enfanté d'Arcas, son fils, Héra, l'épouse de Zeus, décida de châtier sa rivale en la transformant en ourse, condamnant la malheureuse à trouver refuge dans la montagne. Quinze ans plus tard, Arcas - devenu jeune homme - tomba nez à nez avec Callisto alors qu'il chassait dans les montagnes.  Voyant la scène de l'Olympe, Zeus intervint pour éviter un désastre. Il envoya un tourbillon qui enleva Callisto et Arcas dans les cieux, où il transforma Arcas en Boötes, le Bouvier, et Callisto en Grande Ourse (Dans une autre version, Arcas devient la constellation de la Petite Ourse). Cela ne fit qu'exacerber la rancoeur d'Hera,  qui demanda justice et persuada ses parents adoptifs - Océan et Tethys - de ne jamais laisser l'ourse se baigner dans les eaux du nord. Ceci, selon la légende, est la raison pour laquelle la Grande Ourse ne se couche jamais sous l'horizon (aux latitudes moyennes nord).  Il y est fait référence dans l'Odyssée où il est écrit que cette constellation ne sombrait jamais sous l'horizon et «baignait dans les vagues de l'océan», et qu'elle était donc utilisée comme point de référence céleste pour la navigation. 

Ovide décrit cet épisode dans les Métamorphoses (Livre II) :

arcuit omnipotens pariterque ipsosque nefasque

sustulit et pariter raptos per inania uento

inposuit caelo uicinaque sidera fecit.

Le Tout-puissant écarta le trait, et, les soustrayant à l'impiété, 
d'un coup de vent à travers l'espace, il les installa 
en même temps dans le ciel, faisant d'eux des astres voisins.

D’après Hendrik GOLTZIUS (1558-1617). 1590 Eau forte sur papier vélin

Fonds ancien du Musée de l’archerie et du Valois

Arcas s'apprêtant à tirer sur l'ourse Callisto. 

D’après Hendrik Goltzius (1558-1617). 1590. Eau forte sur papier vélin. Fonds ancien du Musée de l’archerie et du Valois

Dans une version différente du conte, ce n'est pas Hera mais Artemis qui transforma Callisto en ourse. Artemis fit cela pour punir la nymphe d'avoir rompu son vœu de chasteté envers la déesse. De nombreuses années plus tard, Callisto et Arcas furent capturés dans la forêt et emmenés au roi Lycaon en cadeau. La mère et le fils se réfugièrent dans le temple de Zeus, où l'intrusion est passible de mort, mais le dieu intervint et les sauva, les transformant tous les deux en ours dans le ciel.

Il existe un mythe grec entièrement différent, celui d'Adrastée : Adrastée, Adrastie ou Adrastia (en grec ancien Ἀδράστεια / Adrásteia, « de qui on ne peut échapper ») est une nymphe qui fut chargée par Rhéa, avec sa sœur Ida, de la protection de Zeus enfant contre Cronos. En effet, Cronos, ayant appris par un oracle qu’un de ses enfants finirait par le renverser, dévorait ses enfants. Mais Rhéa, son épouse, réussit à cacher leur dernier enfant sur l’île de Crète, où les nymphes Adrastée et Ida nourrirent ainsi le jeune Zeus pendant un an. Dans cette version du mythe, Ida est associée à la constellation de la Petite Ourse (Ursa Minor) et Amalthée, la chèvre qui nourrit Zeus, fut placée dans le ciel pour devenir l'étoile brillante Capella (de la constellation du Cocher, Auriga). La prophétie s'étant finalement réalisée, Zeus renversa Cronos et libéra ses frères et sœurs (Hadès, Poséidon, Déméter, Héra et Hestia).

 

Dans les temps anciens, la constellation était aussi appelée Helike, ("tournant"), puisqu’elle tournait autour du pôle. Dans le livre deux de Lucan, elle est aussi appelé l’Hélice Parrhasienne, Callisto étant originaire de Parrhasie en Arcadie, où se déroule la légende. 

 

L'ours se disant arctos en grec, la constellation a donnée le nom de Cercle Arctique au cercle des étoiles circumpolaires c'est à dire toujours visibles (l'astronome Geminos assignait comme limite à ce cercle, « la patte avant de la Grande Ourse »), et le terme Arctique qui désigne la région entourant le pôle Nord de la Terre.

La Grande Ourse est aussi à l'origine du terme « septentrional », les Romains appelant cette constellation Septem Triones, « les sept bœufs de labour », qui tournaient autour du nord,  même si seulement deux des sept étoiles représentaient des bœufs, tandis que les autres formaient un chariot.

Au Royaume-Uni, on l'appelle the Plough (la charrue), en Scandinavie, Karlavagen (le wagon de Charles, probablement Charlemagne), en Bretagne Karr kamm (chariot tordu), Karr Arzhur (le chariot du roi Arthur) ou Lost-arar (le bout de la charrue).

Gravure du 17e siècle d'Ursa Major (la Grande Ourse) extraite de l'Uranométrie, un atlas d'étoiles publié en 1603 par l'astronome allemand Johann Bayer. Il contenait un total de 51 cartes d'étoiles, tracées en utilisant les observations les plus précises de l'époque. Ce fut le premier atlas d'étoiles à utiliser des grilles de référence sur ses cartes, et le premier à utiliser des lettres grecques pour identifier des étoiles individuelles, bien qu'il ait conservé les représentations mythologiques traditionnelles des constellations.

Selon une légende arabe, la constellation représente le cercueil d'un père suivi par le cortège en pleurs de ses trois filles. Elles le portent depuis la nuit des temps, tandis que la Petite Ourse représente le cercueil de son assassin. Les Arabes chrétiens en ont fait le cercueil de Lazare, suivi par Marie, Marthe et une de ses servantes.

Les Chinois décrivent ses sept étoiles les plus brillantes comme le Gouvernement, ou Tseih Sing, ou la mesure du Nord, Pih Tow.

Dans la légende hindoue, les étoiles les plus brillantes d'Ursa Major représentent les Sept Sages et la constellation est connue sous le nom de Saptarshi. Les 7 sages sont Bhrigu, Atri, Angirasa, Vasishta, Pulastya, Pulalaha et Kratu. 

 

Au Japon, la Grande Ourse reprend le terme chinois et est traduit par « Louche du Nord » 北斗 (hokutô), et dans le Japon médiéval, chacune des sept étoiles de la grande Ourse portait un nom traditionnel, noms souvent hérités eux-mêmes de la Chine ancienne :

- « le Pivot » 樞 (sû) désigne Dubhé (Alpha Ursae Majoris)
- « le Superbe Jade » 璇 (sen) désigne Merak (Beta Ursae Majoris)
- « la Perle » 璣 (ki) désigne Phecda (Gamma Ursae Majoris)
- « l'Autorité » 權 (ken) désigne Megrez (Delta Ursae Majoris)
- « la Baguette de Mesure en Jade » 玉衡 (gyokkô) désigne Alioth (Epsilon Ursae Majoris)
- « l'Ouverture du Yang » 開陽 (kaiyô) désigne Mizar (Zeta Ursae Majoris) .

- Enfin, Alkaid (Eta Ursae Majoris) porte à elle seule plusieurs noms traditionnels : « le Sabre » 劍 (ken) (forme abrégée de « l'Extrémité du Sabre » 劍先 (ken saki)), «la Lumière scintillante » 搖光 (yôkô), ou encore « l'Étoile de la Défaite Militaire » 破軍星 (hagun sei), car se diriger en direction de cette étoile était censé être de mauvais augure pour une armée.

En Shinto, les sept étoiles principales de la Grande Ourse appartiennent à Amenominakanushi, le plus ancien et le plus puissant de tous les kami ((神, divinité ou esprit vénéré dans la religion shintoïste).

 

En Corée du Sud, la constellation est appelée «les sept étoiles du nord». Dans le mythe apparenté, une veuve avec sept fils avait trouvé du réconfort auprès d’un veuf mais pour se rendre chez lui, il fallait traverser une rivière. Les sept fils, par amour pour leur mère, placèrent des pierres dans la rivière. Leur mère, ne sachant pas qui les avait mises en place, les bénit et, à leur mort, devinrent la constellation.

 

En birman, Pucwan Tārā (ပုဇွန် တာ ရာ, prononcé "bazun taya") est le nom d'une constellation comprenant des étoiles de la tête et des pattes antérieures de la Grande Ourse ; pucwan (ပုဇွန်) est un terme général désignant un crustacé, comme la crevette, la crevette, le crabe, le homard, etc.

 

En javanais, il est connu sous le nom de «lintang jong», ce qui signifie «la constellation du jong». De même, en malais, on l'appelle "bintang jong". 

 

Dans la langue finnoise, l'astérisme est parfois appelé par son ancien nom finlandais, Otava. La signification du nom a été presque oubliée en finnois moderne; elle signifie “déversoir à saumons". Les anciens Finlandais croyaient que l'ours (Ursus arctos) avait été descendu sur terre dans un panier doré au large de la Grande Ourse ; lorsqu'un ours était tué, sa tête était positionnée sur un arbre pour permettre à l'esprit de l'ours de retourner à la Grande Ourse.

Dans certains contes amérindiens, le bol de la Grande Ourse représente un gros ours et les étoiles qui marquent la poignée sont les guerriers qui le poursuivent. Comme la constellation est assez basse dans le ciel en automne, la légende dit que c'est le sang de l'ours blessé qui fait rougir les feuilles.

"Ursa Major", planche 9 du Miroir d'Uranie, un ensemble de cartes célestes accompagnées d'un traité familier d'astronomie par Josaphat Aspin. Londres. Carte astronomique, tirage sur carton. 1825. Eau-forte, coloriée à la main.

Les Iroquois ont interprété Alioth, Mizar et Alkaid comme trois chasseurs poursuivant la Grande Ourse. Selon une version de leur mythe, le premier chasseur (Alioth) porte un arc et des flèches pour abattre l'ours. Le deuxième chasseur (Mizar) porte un grand pot - l'étoile Alcor - sur son épaule pour faire cuire l'ours tandis que le troisième chasseur (Alkaid) tire un tas de bois de chauffage pour allumer un feu sous le pot.

 

Le peuple Lakota appelle la constellation Wičhákhiyuhapi, ou «Grande Ourse». 

 

Le peuple Wampanoag (Algonquien) appelait la Grande Ourse "maske", signifiant "ours". 

 

Les Amérindiens Wasco-Wishram interprétaient la constellation comme 5 loups et 2 ours posés dans le ciel par Coyote (Coyote est un personnage mythologique commun à de nombreuses cultures des peuples autochtones d'Amérique du Nord, fondé sur l'animal coyote (Canis latrans)).

 

Même Victor Hugo proposa sa propre légende dans ce texte extrait des Contemplations :

Nomen, numen, lumen

 

Quand il eut terminé, quand les soleils épars,

Éblouis, du chaos montant de toutes parts,

Se furent tous rangés à leur place profonde,

Il sentit le besoin de se nommer au monde ;

Et l’être formidable et serein se leva ;

Il se dressa sur l’ombre et cria : Jéhovah !

Et dans l’immensité ces sept lettres tombèrent ;

Et ce sont, dans les cieux que nos yeux réverbèrent,

Au-dessus de nos fronts tremblants sous leur rayon,

Les sept astres géants du noir septentrion.

 

                                                           Minuit, au dolmen du Faldouet, mars 1855.

Grande Ourse Bode

Ursa Major (la Grande Ourse) vue par l'astronome allemand Johann Elert Bode (1747-1826) en 1805.

Les étoiles de la Grande Ourse

Cet astérisme est tellement caractéristique et brillant que Johann Bayer partit d'une extrémité (Dubhe) et le remonta (vers Alkaid) pour désigner les étoiles de la constellation, au lieu de les classer par magnitude comme il avait l'usage de le faire. Ainsi, en commençant par la partie "casserole" de l’astérisme et en s'étendant dans le sens des aiguilles d'une montre (vers l'est dans le ciel) à travers le manche, les étoiles sont les suivantes:

  • α Ursae Majoris, connue sous le nom arabe Dubhe («l'ours»), qui, d'une magnitude de 1,79, est la 35e étoile la plus brillante du ciel et la deuxième plus brillante d'Ursa Major.

  • β Ursae Majoris, appelée Merak ("les reins de l'ours"), d'une magnitude de 2,37.

  • γ Ursae Majoris, connue sous le nom de Phecda ou Phad ("cuisse"), d'une magnitude de 2,44.

  • δ Ursae Majoris, ou Megrez, qui signifie «racine de la queue», se référant à son emplacement comme l'intersection du corps et de la queue de l'ours (ou de la casserole et de son manche).

  • ε Ursae Majoris, connue sous le nom d'Alioth, un nom qui se réfère non pas à un ours mais possiblement à un «cheval noir», le nom modifié de l'original et mal attribué à Alcor, le compagnon binaire optique de Mizar.  

  • ζ Ursae Majoris, Mizar, la deuxième étoile à partir de l'extrémité de la poignée de la Grande Ourse et la quatrième étoile la plus brillante de la constellation. Mizar, qui signifie «ceinture», forme une célèbre étoile double, avec son compagnon optique Alcor (80 Ursae Majoris), dont les deux ont été qualifiés de «cheval et cavalier» par les Arabes. La capacité de résoudre les deux étoiles à l'œil nu est souvent citée comme un test de la vue, bien que même les personnes ayant une vue assez faible puissent voir les deux étoiles.

  • η Ursae Majoris, connue sous le nom d'Alkaid ou Benetnash, signifiant toutes deux le «bout de la queue». Avec une magnitude de 1,85, Alkaid est la troisième étoile la plus brillante d'Ursa Major. 

 

À l'exception de Dubhe et Alkaid, les étoiles de la Grande Ourse ont toutes un mouvement propre se dirigeant vers un point commun du Sagittaire avec quelques autres étoiles et, ensemble, elles sont appelées le Courant d'étoiles de la Grande Ourse (Ursa Major Moving Group) et correspondent à un amas assez lâche. Cet amas a un âge estimé à environ 500 (± 100) millions d'années.

La constellation contient 22 étoiles officiellement nommées. Les noms d'étoiles approuvés par l'Union astronomique internationale (IAU) sont Alcor, Alioth, Alkaid, Alkaphrah, Alula Australis, Alula Borealis, Aniara, Chalawan, Dombay, Dubhe, Intercrus, Liesma, Megrez, Merak, Mizar, Muscida, Násti, Phecda , Taiyangshou, Talitha, Tania Australis et Tania Borealis.

Dubhé

α Ursae Majoris est la deuxième étoile la plus brillante de la constellation. Son nom vient de l'Arabe dubb, “l'ours”, de la phrase ظهر الدب الأكبر Dhahr ad-dubb al-akbar, voulant dire “le Dos du Grand Ours”. Le Ak, plus rare, signifie “ l'oeil ''. Les hindous l’appellent Kratu, l'un des sept Rishis. En chinois, la Grande Ourse se dit  北斗 (Běi Dǒu), ce qui peut se traduire par la Louche du Nord, faisant référence à l’astérisme du Chariot et le nom chinois de Alpha Ursae Majoris est donc 北斗 一 Běi Dǒu yī, la Première Étoile de la Louche du Nord ou 天 樞 Tiān Shū, l’Etoile du Pivot Céleste.

 

Avec Mérak elle est l'une des deux étoiles de la Grande Ourse (la plus septentrionale des deux) qui pointent en direction de α Ursae Minoris, l'étoile polaire. Située à 123 années-lumière, elle ne fait pas partie du Courant d'Etoiles de la Grande Ourse.

 

C'est une étoile multiple formée de quatre étoiles. L'étoile primaire, désignée Dubhé A, est une étoile géante orangée de type spectral K0III qui est en phase de combustion de l'hélium. Il s'agit d'une binaire spectroscopique et son compagnon, désigné Dubhé B, est une étoile jaune-blanc de la séquence principale, de type spectral F0V qui orbite à une distance de 20 UA et complète une orbite tous les 44,4 ans. Une seconde binaire spectroscopique localisée à une distance angulaire de 280 secondes d'arc de Dubhé A & B1 vient compléter le système de Dubhé, désignée Dubhé C. Elle présente un spectre d'une étoile jaune-blanc de type F8.

 

Mérak

 

Mérak est légèrement plus chaude, plus grande et beaucoup plus brillante que le Soleil. L'observation de l'étoile dans l'infrarouge révèle une émission en excès, ce qui suggère la présence d'un disque de débris circumstellaire de poussière en orbite, un peu comme ceux découverts autour de Fomalhaut et de Vega. La température moyenne de ce disque est de 120 K, ce qui signifie qu'il est situé à un rayon de 47 UA de l'étoile hôte. Sa poussière a une masse estimée à environ 0,27% de la masse de la Terre.

 

β Ursae Majoris a son nom dérivé de l'arabe maraqq, voulant dire « l'échine » (de l'ours). Elle est située à une distance de 79,7 années-lumière (24,4 parsecs) du Soleil. Il s'agit d'une sous-géante, une étoile qui a épuisé l'hydrogène de son noyau et qui se refroidit alors qu'elle génère de l'énergie grâce à la fusion thermonucléaire d'hydrogène dans une enveloppe externe au noyau ; sa température effective est d'environ 9 225 K, lui donnant une lueur de couleur blanche typique des étoiles de type A. Elle est plus grande que le Soleil, estimée à environ 2,7 masses solaires et 2,84 rayons solaires, avec un rayonnement 68 fois plus intense que le Soleil.  β Ursae Majoris est de type spectral A1 IV et est considérée comme une étoile Am moyenne, un type d'étoile chimiquement particulière avec des lignes inhabituellement fortes de certains éléments métalliques. 

Elle fait partie du Courant d'étoiles de la Grande Ourse.

 

Phecda 

 

γ Ursae Majoris, officiellement nommé Phecda depuis 1943, porte également les noms traditionnels Phekda ou Phad. Elle sert de point d'ancrage stable pour la classification spectrale MK. Ces "points d'ancrage" sont des étoiles standards qui ne présentent pas de changement spectral dans le temps et qui représentent les points les plus stables du système MK.  Dans ce système de classification spectrale, appelé système MK d'après les astronomes américains William W. Morgan et Philip C. Keenan qui l'ont introduit, la classe de luminosité est attribuée à l'étoile avec le type spectral Draper. Par exemple, l'étoile Alpha Persei est classée comme F5 Ib, ce qui signifie qu'elle se situe à peu près à mi-chemin entre le début du type F (c'est-à-dire F0) et du type G (c'est-à-dire G0). Le suffixe Ib signifie qu'il s'agit d'une supergéante modérément lumineuse.

Selon les mesures de parallaxe d'Hipparcos, elle est située à une distance d'environ 83,2 années-lumière (25,5 parsecs) du Soleil. Phecda est situé à proximité physique relativement proche du système stellaire Mizar-Alcor, dont elle est séparée par une distance estimée à 8,55 d'années lumière (2,62 pc); soit beaucoup plus proches que les deux ne le sont du Soleil. L'étoile Beta Ursae Majoris est distante de Gamma Ursae Majoris de 11,0 AL (3,4 pc).


Megrez 

 

Megrez provient de l'arabe المغرز al-maghriz «la base [de la queue de l'ours]». Elle aurait aussi été appelée Kaffa, nom apparu dans une publication de 1951, l'Atlas Coeli (Skalnate Pleso Atlas of the Heavens) de l'astronome tchèque Antonín Bečvář mais sans références. Les hindous connaissaient cette étoile sous le nom d'Atri, l'un des sept Rishis et les Chinois, 北斗 四 (Běi Dǒu sì, la Quatrième Etoile de la Louche du Nord) ou 天 權 (Tiān Quán, L'Etoile de la Balance Céleste)

 

Avec une magnitude apparente de +3,3, c'est la plus faible des sept étoiles de l'astérisme du Chariot. Les mesures de parallaxe estiment sa distance à 80,5 années-lumière (24,7 parsecs).

Elle pèse 63% masse solaire pour 1,4 rayon solaire. Classée A3 V, c'est une étoile de la séquence principale de type A qui génère son énergie par la fusion nucléaire de l'hydrogène dans le noyau de l'étoile. Elle brille à 14 fois la luminosité du Soleil, cette énergie étant émise par son enveloppe extérieure à une température effective de 9 480 K. Cela lui donne la teinte blanche typique d'une étoile de type A.  Elle présente une émission excessive de rayonnement infrarouge, ce qui traduirait la présence d'un disque de matière circumstellaire à 16 unités astronomiques de l'étoile, soit un rayon inhabituellement petit pour l'âge estimé du disque, ce qui peut s'expliquer par l'effet Poynting – Robertson. Cet effet , nommé d'après John Henry Poynting et Howard Percy Robertson, est un processus par lequel le rayonnement solaire provoque la descente en spirale des particules de poussière dans un système solaire. L'effet est dû au fait que le mouvement orbital des grains de poussières provoque un léger décalage de la pression radiale du rayonnement solaire, ce qui diminue leur orbite. 

Alioth 

Le nom traditionnel d’ε Ursae Majoris, Alioth (mais aussi Aliath, Alliath, Allioth), provient de l'arabe, avec semble-t’il différentes éthymologies, comme alyat, « la queue du mouton », ou al-jawn, « le cheval noir ».

Avec une magnitude apparente de 1,76, Alioth est la 33e étoile la plus brillante de la voûte céleste. D'après les mesures du satellite Hipparcos, elle est distante de 81 années-lumière de la Terre.

 

Il s'agit d'une sous-géante blanche de type spectral A0p, le « p » signifiant « particulier » (du fait de son spectre lumineux variables (de type α2 CVn dont α2 Canum Venaticorum, ou Cor Caroli, est le prototype) et la plus brillante des étoiles de type Ap, des étoiles magnétiques chimiquement particulières dont les éléments chimiques sont soit appauvris soit enrichis selon leur rotation ; Alioth semble combiner deux phénomènes en interaction : un champ magnétique intense séparant ses différents éléments métalliques et un 'angle entre son axe de rotation et son champ magnétique (de presque 90°) provoquant diverses stries d'éléments “triés magnétiquement”, qui sont perçues à différents moments depuis la Terre selon la rotation de l’étoile. Pour ce type d'étoiles variables, Alioth possède un champ magnétique relativement faible, 15 fois plus faible que celui de Cor Caroli, mais tout de même 100 fois plus élevé que celui de la Terre.

Mizar 

ζ Ursae Majoris est une étoile de seconde magnitude du manche de la casserole. Elle forme un double optique bien connu car repérable à l'œil nu avec l'étoile plus faible Alcor, et est elle-même un système à quatre étoiles. Cible visuelle facilement divisible, Mizar fut le premier binaire télescopique découvert, très probablement par Benedetto Castelli qui demanda en 1617 à Galilée de l'observer. L'ensemble du système se trouve à environ 83 années-lumière du Soleil, tel que mesuré par le satellite d'astrométrie Hipparcos, et fait partie du Courant d'étoiles de la Grande Ourse. Le nom traditionnel Mizar dérive de l'arabe المئزر miʼzar qui signifie « tablier, enveloppe, couverture ». En 2016, l'Union astronomique internationale a catalogué et normalisé les noms propres des étoiles ; le premier bulletin du WGSN de juillet 2016 incluait Mizar pour ζ UMa. 

 

Selon les règles de l'UAI, le nom Mizar ne s'applique strictement qu'au composant Aa, bien qu'il soit traditionnellement et populairement utilisé pour les quatre étoiles constituant la seule étoile à l'œil nu. Le double visuel a une séparation de 14,4 secondes d'arc, et chacune est une binaire spectroscopique. La magnitude apparente combinée est de 2,04, les deux étoiles visibles étant appelées ζ1 et ζ2 Ursae Majoris, ou Mizar A et B. Les composants spectroscopiques sont généralement appelés Mizar Aa, Ab, Ba et Bb. 

L'étoile secondaire (Mizar B) se trouve à moins de 380 unités astronomiques (ie la distance Terre-Soleil) de l'étoile primaire (Mizar A), avec une période de rotation de plusieurs milliers d'années.

 

Mizar est connu sous le nom de Vashistha, un des Saptarishi, dans l'astronomie indienne traditionnelle. Le taoïsme chinois personnifie ζ Ursae Majoris comme l'étoile Lu. 

En chinois, ζ Ursae Majoris est 北斗 六 Běi Dǒu liù, la Sixième Étoile de la Louche du Nord.

Dans le mythe mi'kmaq (Micmac) du grand ours et des sept chasseurs, Mizar est Chickadee et Alcor est sa marmite (les Miꞌkmaq sont un peuple des Premières Nations des Terres Boisées du Nord-Est, originaire des provinces de l'Atlantique du Canada, de la Gaspésie - une péninsule située au centre-est du Québec - ainsi que la région nord-est du Maine).

Alkaid

η Ursae Majoris, officiellement appelée Alkaid, est l'étoile la plus orientale (la plus à gauche) de l'astérisme du Chariot. Cependant, contrairement à la plupart des étoiles de la Grande Ourse, elle ne fait pas partie du Courant d'Etoiles de la Grande Ourse. Avec une magnitude visuelle apparente de +1,84, c'est la troisième étoile la plus brillante de la constellation et l'une des étoiles les plus brillantes du ciel nocturne.

Les Arabes lui donnent le nom traditionnel Alkaid (ou Elkeid de l'arabe القايد القائد) et Benetnasch, Alkaid dérivant de l'arabe signifiant "Le chef des filles de la bière" (قائد بنات نعش qā'id bināt naʿsh). Comme déjà évoqué ci-dessus, l'astérisme du Chariot représentait pour les Arabes trois pleureuses derrière un cercueil. Les filles de la bière, ou les jeunes filles en deuil, les pleureuses, sont les trois étoiles du manche de la Grande Ourse (Alkaid, Mizar et Alioth) tandis que les quatre étoiles du bol (Megrez, Phecda, Merak et Dubhe) en représentaient la bière.

Pour les Chinois, il s'agit de Běidǒuqī (北斗 七 - La Septième Etoile de la Louche du Nord) ou Yáoguāng (瑤光 - l'Etoile de l'Eclat Scintillant).

Les hindous l'appellent Marīci, l'un des sept Rishis.

Au Japon et en Corée, Alkaid est respectivement connue sous le nom de Hagunsei et Mukokseong («l'Etoile du Manquement (de la défaite) Militaire» ou «l'Etoile la Plus Au Coin»), les deux significations provenant de l'influence de l'astronomie Chinoise traditionnelle dans les deux pays. Dans les augures chinois, il était considéré que le nord était une direction très malchanceuse, mais le nord-ouest était encore pire. Les chasseurs et les soldats ne dirigeaient traditionnellement pas leurs fusils ou leurs armes en direction de cette étoile.

Alkaid est une étoile de la séquence principale de type B âgée de 10 millions d'années avec une classification stellaire de type B3 V. Elle fait 6 masses solaires, 3,4 rayons solaires et émet 594 fois plus d'énergie que le Soleil. Son atmosphère extérieure a une température effective d'environ 15 540 K, lui donnant la teinte bleu-blanc d'une étoile de type B, et c'est l'une des étoiles les plus chaudes à pouvoir être observée à l'œil nu.. Depuis 1943, son spectre sert lui aussi de point d'ancrage stable (cf. supra). En raison de sa rotation rapide, elle élargit ses raies d'absorption, ce qui est courant dans les étoiles de ce type. Cependant, les raies sont très légèrement déformées et variables, ce qui poourrait être causé par l'émission d'un disque faible de matière produit par la rotation rapide. 

 

Eta Ursae Majoris est une étoile relativement proche et brillante et aucune exoplanète ou étoile compagne n'a été découverte.

Roger Sinnott & Rick Fienberg, Sky and Telescopes

Jean-Brice Gayet

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